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VIE ASSOCIATIVE 20 Février 2026

Gouvernement bruxellois : entre soutien affiché et discipline budgétaire, quel avenir pour les ASBL ?

Après plus de 600 jours sans gouvernement régional, Bruxelles sort enfin de l’impasse institutionnelle. Pendant près de deux ans, les associations ont avancé à l’aveugle, entre budgets gelés, projets suspendus et licenciements. Aujourd’hui, la Déclaration de Politique Régionale trace une feuille de route pour les prochaines années. Simplification administrative, retour à l’équilibre budgétaire, soutien au Non-Marchand, réforme des dispositifs d’emploi, renforcement de la cohésion sociale… À quelle sauce le secteur associatif bruxellois sera-t-il finalement mangé ? MonASBL.be décrypte les mesures qui concernent directement les ASBL.

Dès les premières lignes, Bruxelles y est décrite comme une ville « qui rayonne par sa créativité, son dynamisme et sa diversité », carrefour d’histoires, d’innovations et de talents venus du monde entier. Son patrimoine, ses institutions internationales, ses universités, ses artisans… et son tissu associatif engagé sont explicitement cités comme des atouts majeurs de son attractivité.

Reste désormais à voir comment cette reconnaissance affichée du rôle du Non-Marchand se traduira concrètement dans les choix budgétaires, les réformes administratives et les priorités politiques de la législature. MonASBL.be passe au crible les mesures qui toucheront directement les ASBL bruxelloises.

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Un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2029 : quelles implications pour le Non-Marchand ?

Le cap est clair : le nouveau gouvernement bruxellois s’engage à un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2029. Une trajectoire pluriannuelle « crédible », selon la Déclaration, censée permettre à la Région de préserver son autonomie financière et de conserver des marges pour mener des politiques ambitieuses.

Mais l’effort annoncé est loin d’être neutre... 80 % du redressement reposera sur la maîtrise structurelle des dépenses et sur des réformes visant à rationaliser et renforcer l’efficacité des pouvoirs publics. Les 20 % restants proviendront d’une optimisation des recettes fiscales.

Autrement dit, l’essentiel de l’ajustement passera par des économies et une réorganisation de l’appareil public. Une orientation qui interroge inévitablement le secteur associatif, fortement dépendant des financements publics régionaux. Si la Déclaration insiste sur la stabilité et l’attractivité du tissu associatif, le contexte budgétaire laisse présager une vigilance accrue sur les dépenses, une recherche d’efficience et, potentiellement, des révisions de dispositifs existants.

Simplification administrative : une réorganisation en profondeur de l’appareil bruxellois

Autre axe fort de la Déclaration : la simplification administrative et institutionnelle. Le gouvernement annonce une réorganisation de l’appareil administratif bruxellois autour de quatre piliers principaux, avec l’ambition affichée de gagner en lisibilité et en efficacité.

Le premier pilier serait un Service d’Appui Régional transversal, baptisé Bruxelles-Transversalité, intégrant notamment Equal.Brussels ou Easy.Brussels. Le deuxième pilier regrouperait les missions organiques du Service public régional de Bruxelles (comme Bruxelles Emploi ou Bruxelles Environnement). Le troisième prendrait la forme d’infrastructure.brussels, une société anonyme de droit public chargée des services opérationnels. Enfin, un quatrième pilier viserait à renforcer la coordination entre entités.

L’objectif affiché : moins de lourdeurs administratives pour les citoyens, les entreprises… et, indirectement, pour les associations. La Déclaration évoque la suppression des procédures inutiles ou redondantes, dans le respect des principes du « Only once » (ne fournir qu’une seule fois une information à l’administration) et du « Ruling » (sécurisation juridique en amont).

Pour le secteur associatif, souvent confronté à la multiplication des guichets, des formulaires et des contrôles croisés, cette promesse de simplification pourrait constituer une bouffée d’oxygène.

Emploi : cap sur 70 % et renforcement du rôle du secteur social

Le gouvernement bruxellois fixe un objectif ambitieux : atteindre un taux d’emploi de 70 % d’ici 2030. Pour y parvenir, il entend s’appuyer fortement sur l’action du secteur social et sur une meilleure coordination des acteurs de l’emploi.

Un cadre de collaboration renforcé sera mis en place entre Actiris, les Agences Locales pour l’Emploi (ALE), les CPAS, les maisons de l’emploi et le VDAB, en particulier pour l’accueil de première ligne. Au cœur de cette réforme : un dossier unique renforcé, censé fluidifier l’accompagnement, mutualiser les ressources matérielles et humaines et éviter les doublons.

Autre priorité : les personnes en incapacité de longue durée médicalement aptes à reprendre une activité. L’exécutif veut augmenter significativement les trajets personnalisés de retour au travail via Actiris. Les publics les plus éloignés de l’emploi bénéficieront, quant à eux, d’un accompagnement adapté pouvant inclure des formations vers les métiers en pénurie.

Enfin, les aides à l’emploi feront l’objet d’une évaluation et d’une révision afin de les simplifier et d’en améliorer l’efficacité.

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Lutte contre la pauvreté : logement, sans-abrisme et coordination renforcée

La lutte contre la pauvreté s’articule principalement, dans la Déclaration, autour de la question du logement et du sans-abrisme. Le gouvernement annonce faire du mal-logement une « priorité politique majeure », centrée sur le droit à un logement digne.

La coordination du secteur sera confiée à Bruss’Help, avec l’appui de l’expérience du New Samusocial comme opérateur régional majeur, dans le cadre d’une réforme globale du secteur. Les « gains d’optimisation » issus de cette réorganisation seraient réinvestis dans la lutte contre le sans-abrisme — un signal qui s’inscrit dans la logique plus large de rationalisation budgétaire annoncée en amont.

L’exécutif entend agir à plusieurs niveaux : prévention de la perte de logement, renforcement des dispositifs d’urgence et amélioration des parcours de réinsertion. Une meilleure coordination et opérationnalisation des acteurs est explicitement mise en avant. Les Agences Immobilières Sociales (AIS) et les dispositifs de type Housing First devraient également être renforcés.

Autre piste évoquée : une politique volontariste d’occupation temporaire des bâtiments inoccupés, en concertation avec les propriétaires et les communes, afin de répondre à l’urgence sociale. Parallèlement, le gouvernement annonce vouloir veiller à l’efficacité des règles de gouvernance dans le secteur du logement et, si nécessaire, les adapter pour renforcer l’efficience et les synergies entre opérateurs.

Économie : le Non-Marchand reconnu comme secteur stratégique

Le redéploiement économique figure parmi les priorités affichées du gouvernement. L’exécutif entend d’abord « identifier avec les acteurs de la vie économique de la Région bruxelloise (…) l’ensemble des freins au dynamisme entrepreneurial » et proposer « un plan de simplification et d’actions concrètes pour lever les barrières transversales identifiées (délivrance de permis, complexité administrative et fiscale, etc.) sans biais préalable ».

Cette stratégie ne se limite pas aux secteurs marchands traditionnels. La Déclaration cite explicitement les « secteurs pourvoyeurs d’emplois bruxellois », parmi lesquels figurent « le secteur du non-marchand et de la santé, des aides à domicile (…) et de l’économie circulaire ». Le Non-Marchand est donc reconnu comme un acteur économique à part entière, au même titre que l’Horeca, la construction ou le numérique.

Le gouvernement précise que cette stratégie devra « s’attacher à renforcer la formation et la qualité des conditions de travail et de rémunération des travailleurs qu’ils soient salariés ou indépendants ». Une orientation qui pourrait concerner directement les ASBL actives dans les soins, l’aide à domicile ou l’insertion.

La Région annonce également qu’elle sera « soutenante à l’égard de l’entreprenariat féminin et de la diversité, de l’artisanat et des commerces de proximité, de l’économie sociale et solidaire, et des ETA notamment ». Plus encore, le texte souligne que « l’économie sociale joue un rôle clé, particulièrement pour les personnes les plus éloignées de l’emploi », raison pour laquelle le Gouvernement affirme vouloir adopter « une position très volontariste pour soutenir le secteur ».

Une reconnaissance forte sur le papier. Reste à voir comment cette posture « très volontariste » se traduira concrètement dans les arbitrages budgétaires et les dispositifs de soutien, dans un contexte marqué par la recherche d’équilibre financier et de rationalisation des dépenses.

Le social et la santé au cœur de l’action publique

Le gouvernement place clairement le social et la santé parmi les priorités de la législature. Il annonce vouloir « renforcer les politiques de prévention ainsi que la première ligne », en particulier « dans les quartiers en situation de pénuries de professionnels de la santé », et ce « en bonne intelligence avec les autres niveaux de pouvoir ».

Une santé de proximité et une logique d’« aller-vers »

L’exécutif entend développer « une politique de santé de proximité dans tous les quartiers », avec « une approche spécifique de certains publics, dont les publics fragilisés ». Cette stratégie s’inscrit dans une vision transversale : intégrer la promotion de la santé « en ce compris l’approche “health in all policies” » et agir sur l’ensemble des déterminants sociaux. Concrètement, cette politique s’appuiera sur des démarches d’« aller-vers » afin de mieux atteindre « les publics les plus éloignés des dispositifs social/santé »

Soutien à la première ligne et au secteur associatif

Pour renforcer l’accessibilité des soins, le gouvernement affirme qu’il soutiendra « les structures pluridisciplinaires comme les maisons médicales, les services hospitaliers ou encore les maisons de repos et leurs alternatives ». Les services pluridisciplinaires de santé mentale et les centres de revalidation sont également mentionnés, « avec une attention particulière pour le secteur public et associatif ».

Le texte précise par ailleurs qu’il sera tenu compte de « celles et ceux qui garantissent un accès universel et sans condition aux soins de santé, qu’ils soient publics ou associatifs ». Une formulation qui reconnaît explicitement le rôle des acteurs non-marchands dans l’accès aux soins des publics les plus précarisés.

Les professionnels du secteur feront l’objet d’« une attention particulière en matière de reconnaissance et d’attractivités des métiers », un enjeu crucial dans un contexte de pénurie persistante.

Santé mentale et lutte contre les addictions

En matière de santé mentale, « la priorité doit être la prévention ». Le gouvernement annonce vouloir mener « des initiatives concrètes et ambitieuses en matière de promotion et d’accompagnement de la santé mentale ». L’extension du nombre de lits est également identifiée comme une préoccupation majeure.

Concernant les addictions, l’exécutif affirme qu’il « accompagnera les personnes souffrant d’addiction pour leur offrir un trajet de sevrage ».

Pour les nombreuses ASBL actives dans la première ligne, la santé communautaire, la santé mentale, l’accompagnement à domicile ou la réduction des risques, ces orientations confirment leur rôle central dans l’architecture des politiques publiques bruxelloises. Reste à mesurer, là encore, l’ampleur des moyens qui accompagneront ces ambitions.

La cohésion sociale comme ciment de la Région

La Déclaration érige la cohésion sociale en fil rouge de la législature. Le gouvernement annonce vouloir mener « un dialogue ouvert au sein de la Région sur la question de la cohésion sociale et du vivre-ensemble » et assurer le développement des quartiers « en garantissant une réelle égalité entre les citoyens ».

Lutte contre les inégalités et soutien à la première ligne

Cet engagement passe notamment par « la lutte contre la pauvreté infantile et le décrochage scolaire » ainsi que par la poursuite de la lutte contre le sans-abrisme. Une « attention particulière sera portée aux conditions de travail et à la stabilité des équipes de première ligne intervenant dans les quartiers » — un point crucial pour les nombreuses ASBL actives en cohésion sociale, médiation, travail communautaire ou accompagnement social.

Le gouvernement prévoit de garantir l’accès à des infrastructures sportives, les activités physiques étant reconnues comme « un levier de prévention en matière de santé physique et mentale ». Culture, création de ponts entre jeunes Bruxellois et lutte contre les discriminations sont aussi citées comme leviers structurants. 

Publics spécifiques : familles monoparentales, femmes, personnes LGBTQIA+, personnes en situation de handicap

Les familles monoparentales feront l’objet « d’une attention particulière et d’une action coordonnée pour lever les freins qu’elles connaissent dans leur vie quotidienne ».

Le gouvernement annonce également qu’il évaluera les plans d’action visant à lutter « contre la violence faite aux femmes et aux personnes LGBTQIA+, contre le racisme et l’antisémitisme et contre l’isolement des personnes » et qu’il adoptera, le cas échéant, un nouveau plan.

Les personnes en situation de handicap bénéficieront d’une attention particulière, notamment via « la mise en œuvre d’aménagements urbains accessibles » ainsi que de l’accès à l’emploi.

Le Non-Marchand explicitement reconnu

La Déclaration est explicite : « Le tissu associatif non-marchand constitue un pilier de la cohésion sociale bruxelloise. » Sa « stabilité et son attractivité seront prises en compte dans la définition des cadres de financement et de concertation (accord non-marchand) ».

Entre reconnaissance affichée et contraintes budgétaires : une législature sous tension

Sur le papier, la Déclaration de Politique Régionale multiplie les signaux positifs à l’égard du secteur associatif. Le Non-Marchand y est qualifié de « pilier de la cohésion sociale bruxelloise ». Son rôle économique est reconnu. Sa stabilité et son attractivité doivent être prises en compte dans les cadres de financement. Les acteurs de première ligne sont explicitement soutenus.

Mais ces engagements s’inscrivent dans une trajectoire budgétaire exigeante, marquée par un retour à l’équilibre d’ici 2029 et par une volonté affirmée de rationalisation, d’optimisation et d’efficience. Une équation délicate : soutenir, tout en maîtrisant ; renforcer, tout en réorganisant.

Après plus de 600 jours d’attente et d’incertitudes, les associations savent désormais dans quel cadre politique elles évolueront. Reste à voir comment ces orientations se traduiront concrètement dans les budgets annuels, les réformes sectorielles et les concertations à venir.

Une chose est sûre : dans une Région qui affirme que son « tissu associatif engagé » fait partie de ses atouts majeurs, les prochaines années diront si cette reconnaissance symbolique s’accompagne des moyens nécessaires pour permettre aux ASBL de continuer à jouer pleinement leur rôle social, économique et démocratique.

E. Vleminckx

Rédactrice en chef