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FINANCEMENT 22 avril 2026

ASBL : et si elles faisaient aussi économiser de l’argent à l’État ?

Dossier | Les ASBL sont souvent présentées comme des acteurs sociaux indispensables, mais coûteux. Leur financement est perçu comme une dépense nécessaire et rarement comme un investissement. Pourtant, dans de nombreux domaines, les associations agissent en amont de situations plus graves. Ainsi, elles évitent à la société des interventions encore plus lourdes et coûteuses. Dès lors, la question mérite d’être posée sérieusement : les ASBL permettent-elles d’éviter des dépenses publiques futures ?

[Le dossier de la rédaction] :

Formulée ainsi, la question peut sembler piégée, comme si l’utilité d’une association ne devenait défendable qu’à condition d’être traduite en rendement financier. Pourtant, elle ouvre un débat essentiel. Car au-delà de la valeur sociale des associations, elle interroge aussi leur place dans l’économie, la prévention, la production de services collectifs et dans l’évitement de coûts futurs pour la collectivité.

Pour explorer cette tension, nous avons interrogé Sybille Mertens, économiste, professeure à l’ULiège et directrice du Centre d’économie sociale de la même université. Son propos déplace la question, la nuance et, surtout, la repolitise.

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Les ASBL, une charge ? Vraiment ?

Avant même d’entrer dans les débats sur l’impact social ou les coûts évités, Sybille Mertens invite à un premier déplacement. Selon elle, il faut commencer par rappeler qu’un financement public est toujours plus qu’une dépense : c’est un choix d’allocation des ressources collectives : « Oui, bien sûr, c’est un coût, mais c’est un coût qui est supporté par la collectivité. Donc, c’est une question d’allocation des ressources publiques. Où est-ce que l’État va mettre son argent ? »

Cette remarque signifie que la question n’est pas seulement : « Combien coûtent les ASBL ? », elle est aussi : « Pourquoi la collectivité choisit-elle de financer cela plutôt qu’autre chose ? » Et plus largement : « Quel type de société veut-on encore prendre en charge collectivement ? »

Pour l’économiste, il faut aussi regarder ce que fait réellement l’argent public lorsqu’il est dirigé vers le secteur associatif. Contrairement à d’autres formes de soutien économique, il ne circule pas de la même manière : « Quant au soutien du secteur associatif, il va essentiellement soutenir de l’emploi et ne va en aucun cas finir dans des dividendes à des personnes qui s’enrichiraient à travers cette action. » Elle ajoute : « Ces financements publics ont un effet multiplicateur sur notre économie, sur le soutien à l’emploi, sur le soutien à la consommation locale. » Et encore : « En tout cas, on évite des fuites du système vers un système plutôt spéculation-enrichissement et vers un système qui élude l’impôt. »

Avant même de parler de coûts évités au sens strict, le financement associatif produit donc déjà des effets économiques directs : il soutient l’emploi, l’activité locale, la consommation, et il n’alimente pas des logiques de distribution de dividendes ou d’optimisation fiscale. Cela ne suffit pas à conclure qu’une ASBL « rapporte » à l’État. Mais cela oblige déjà à sortir d’une représentation trop simple du financement associatif comme pure charge budgétaire.

Pourquoi l’État finance-t-il des associations ?

Par ailleurs, Sybille Mertens rappelle qu’il existe deux grandes raisons pour lesquelles les pouvoirs publics financent des structures comme les ASBL : « Soit on finance parce que l’État considère que d’autres acteurs, mieux que lui, peuvent réaliser la production de services qui sont d’intérêt pour les citoyens. Ou alors, on finance parce qu’on veut des incitants sur des pratiques qui sont intéressantes pour la collectivité, qui génèrent des effets positifs pour elle. »

La première logique est celle de la délégation de services. La seconde relève du soutien à des pratiques jugées collectivement désirables, à des organisations considérées comme vertueuses sur le plan social ou environnemental : réduction du chômage, amélioration de la cohésion sociale, des soins de santé, réduction des inégalités, etc.

Ce rappel est fondamental. Il signifie que l’avantage du financement associatif ne repose pas uniquement sur la capacité à démontrer des économies futures. Il repose aussi sur une décision politique : celle de financer certaines missions parce qu’elles répondent à des besoins et servent une certaine conception du bien commun.

Au-delà des prestations, l’observation des effets

Cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer à toute forme d’évaluation, au contraire. Depuis plusieurs années, le monde académique, le secteur associatif et ses financeurs, s’intéressent de plus en plus à la question de l’impact social. L’idée est simple : compter des activités ne suffit pas ; il faut aussi essayer de comprendre ce qu’elles produisent réellement à plusieurs niveaux, du bénéficiaire à la société dans son ensemble.

C’est tout l’enjeu des approches en termes de création de valeur sociale, d’impact social, ou encore de Social Return on Investment (SROI). Ces méthodes cherchent, chacune à leur manière, à dépasser le simple décompte des prestations visibles – nombre de repas servis, d’ateliers organisés, de permanences assurées, de personnes rencontrées, etc. – pour s’intéresser aux changements produits.

Il est facile d’évaluer que telle association accompagne 200 personnes. Mais la vraie question est de savoir si cet accompagnement a, par exemple, permis d’éviter une rupture de parcours, un passage prolongé par l’aide sociale, une aggravation de l’état de santé, une entrée dans des dispositifs plus lourds ou un éloignement durable du marché du travail, etc. Sybille Mertens distingue, elle, plusieurs catégories d’effets qu’on peut évaluer : « Il y a d’abord quelque chose autour de l’analyse de l’effet sur les bénéficiaires. On a un deuxième type d’effet, qu’on oublie très souvent, c’est un effet multiplicateur sur l’économie. Et troisièmement, c’est quoi l’effet sur la société ? »

Cette distinction permet de comprendre qu’une ASBL ne produit pas seulement des résultats visibles sur ses bénéficiaires directs. Elle peut aussi avoir des effets économiques indirects et des effets plus globaux sur la société.

1. Ce que l’action associative change dans la vie des personnes

Le niveau le plus intuitif est celui des effets sur les bénéficiaires. Une structure d’insertion socioprofessionnelle peut rapprocher une personne de l’emploi ; une médiation de dettes peut éviter une spirale d’endettement ; un accompagnement en santé mentale peut prévenir une dégradation plus lourde ; un service de soutien à la parentalité peut stabiliser une situation familiale fragile. Mais même à ce niveau, comme l’explique Sybille Mertens, la mesure est plus compliquée qu’on ne le croit : « C’est facile de voir si les gens ont un emploi ou non, par exemple, mais c’est très difficile de savoir mesurer ce que ça a changé dans leur vie, l’ensemble des effets positifs sur eux-mêmes et sur leurs proches. »

2. L’effet multiplicateur sur l’économie

Le deuxième niveau est beaucoup moins évoqué dans le débat public : l’effet économique plus large du financement associatif.

Premièrement, une ASBL financée crée de l’emploi, verse des salaires, fait circuler des revenus, soutient la consommation et donc contribue à la vie économique des territoires. Ce point, pourtant classique en économie, est étonnamment discret dans les débats sur le « coût » de l’associatif. Comme si l’activité associative n’était pas, elle aussi, une composante de l’économie réelle. L'économiste insiste sur cet angle mort. Lorsque l’on soutient le secteur associatif, on ne finance pas uniquement des prestations sociales ; on soutient aussi des emplois, des services de proximité, des formes d’organisation qui réinjectent largement les ressources dans l’économie locale.

À cela s’ajoute, dans certains cas, un effet levier. L’argent public investi dans l’associatif permet souvent de mobiliser d’autres ressources : dons, développement de fonds propres, bénévolat et autres contributions citoyennes. Notre économiste avance ainsi l’hypothèse qu’un euro public investi dans l’associatif peut permettre de mobiliser environ soixante centimes supplémentaires venus d’ailleurs.

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Des coûts futurs évités ?

Peut-on identifier des coûts publics évités grâce à l’action associative ? Sur le principe, la réponse est oui. Une intervention associative peut éviter une hospitalisation, un basculement dans l’urgence, une aggravation de troubles psychiques, un recours prolongé au CPAS, une situation de sans-abrisme, une procédure judiciaire, une consommation plus lourde de soins, etc. Mais il faut aussitôt ajouter que ces économies sont difficiles à objectiver, à isoler, à mesurer dans le temps et à attribuer à un seul acteur.

Sybille Mertens résume très bien cette tension : « On va souvent résumer ça – et c’est déjà bien, mais c’est réducteur –, aux économies de coûts futurs. » Raisonner en coûts évités est utile, mais ne capture pas toute la valeur produite. En effet, la dignité retrouvée, la création de lien social de qualité, le sentiment de sécurité ou l’amélioration du climat familial, ne peuvent pas se réduire à une économie budgétaire directe.

Dans le champ de la santé publique, plusieurs études montrent qu’investir dans la prévention ou dans certaines interventions précoces peut éviter des coûts de soins bien plus élevés plus tard. Le rapport de l’OMS sur l’investissement en santé et bien-être va clairement dans ce sens. Il rappelle qu’un certain nombre d’interventions de santé publique, aussi dans les pays à haut revenu, génèrent des retours très significatifs pour la collectivité. De même, certaines études de type SROI ont tenté de rendre visibles les effets plus larges d’actions communautaires ou associatives.

Une étude britannique sur un hub communautaire destiné à des personnes âgées atteintes de maladies chroniques, a mis en avant un gain en valeur sociale – avec un ratio de £ 5.07 de valeur sociale générée pour £ 1 dépensée –, intégrant notamment l’amélioration de la santé, de la confiance et du lien social, mais aussi une baisse de certains recours aux soins [1].

En Wallonie, les données relatives aux structures d'accompagnement à l'autocréation d'emploi (SAACE) méritent également attention. Plus de 20.000 demandeurs d’emploi accompagnés, un taux de sortie vers l’emploi de 56 %, plus de 500 créations d’entreprises, et des taux de survie élevés à trois et cinq ans. À elles seules, ces données ne démontrent pas intégralement un « gain net » pour l’État. Mais elles ouvrent clairement la voie à une lecture en termes d’allocations évitées, de recettes fiscales supplémentaires et de moindres coûts sociaux.

Toujours en Belgique, une étude publiée en 2026 par HIVA-KU Leuven sur les repas scolaires chauds [2] va d’ailleurs dans le même sens. Les chercheurs concluent que ce type d’investissement peut produire des bénéfices sociaux supérieurs à son coût à moyen et long terme : dans leur scénario d’un repas chaud, sain et durable pour chaque enfant de l’enseignement primaire en Belgique, chaque euro investi pourrait rapporter environ 1,70 euro à terme, notamment via des effets sur la santé, les revenus futurs et, indirectement, les recettes publiques. Le rapport souligne toutefois une difficulté politique majeure : les coûts sont supportés immédiatement par les écoles et les pouvoirs publics, tandis que les bénéfices monétaires n’apparaissent que plus tard et de manière diffuse.

Des gains peu visibles

Le problème n’est donc pas qu’il n’existe aucun effet. Le problème est plutôt que ces effets sont inégalement documentés, dispersés, différés, et parfois mal raccordés aux outils habituels d’évaluation publique.

D’après Sybille Mertens, il y a d’abord une difficulté de temps : « Le problème, c’est qu’on ne sait pas toujours sur quel horizon de temps il faut évaluer. »

Certaines conséquences positives apparaissent rapidement ; d’autres ne deviennent visibles qu’après plusieurs années. Or le temps de l’action publique, des budgets et parfois même des appels à projets est souvent beaucoup plus court que celui des transformations sociales.

Il y a ensuite une difficulté de cadrage institutionnel : « Parfois, c’est un peu ignoré par les responsables, notamment publics, parce que ces effets se situent à des niveaux de pouvoir qui ne sont pas les leurs. » Autrement dit, une dépense consentie aujourd’hui dans le champ social ou associatif peut produire demain des économies dans le domaine de la santé, de la justice, de la sécurité ou de l’aide spécialisée. Le bénéfice n’apparaît donc pas forcément dans la même « caisse » que la dépense initiale.

Enfin, il y a une difficulté plus concrète : évaluer coûte du temps, des compétences et de l’argent : « C’est quand même un piège parce que les méthodes ne sont pas du tout stabilisées, parce que ça demande parfois un très gros travail de collecte de données. »

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Les risques d’une généralisation de l’évaluation d’impact

Sybille Mertens ne rejette pas l’évaluation d’impact. Elle reconnaît même son intérêt pour alimenter le débat public, clarifier les missions, outiller les structures et donner des ordres de grandeur. Néanmoins, elle s’inquiète du risque d’utiliser ces démarches pour comparer les organisations entre elles : « Là où je suis beaucoup moins friande, c’est quand on utilise ces méthodes d’évaluation d’impact pour comparer entre elles des organisations et donc décider de l’allocation de subsides, vers celles qui semblent avoir le plus gros impact. » En effet, le premier effet pervers serait celui du « mesurable » : « Tout ne se mesure pas et donc les projets qui sont les mesurables facilement, avec des gros chiffres vont remonter dans notre analyse. » Et elle ajoute : « On aime bien éviter un chômeur, ou une personne au chômage. Mais que vaut la santé mentale d’un enfant handicapé ? Je trouve ça très délicat. »

Les projets qui produisent des effets simples à traduire en chiffres – une sortie du chômage, une hospitalisation évitée, etc. – risquent d’être survalorisés par rapport à d’autres effets plus subtils, diffus et difficiles à chiffrer, mais tout aussi importants.

Le deuxième effet pervers est celui de la sélection des publics : « Sous prétexte d’avoir des bons résultats d’impact, il pourrait y avoir des structures qui se mettent à sélectionner leurs publics pour essayer d’avoir le meilleur impact possible. »

Le troisième, c’est la standardisation des pratiques : « Si vous obligez les structures à respecter des indicateurs standardisés, alors l’associatif devient un sous-traitant de l’État qui décide ce qu’il faut faire. » Enfin, si on fixe les mêmes objectifs et les mêmes outils pour tout le monde, on finit par décourager l’innovation, la diversité des approches, l’adaptation au terrain – autrement dit, une partie de ce qui fait la richesse du monde associatif.

Ce que les financeurs demandent vraiment

D’après Sibylle Mertens, dans la pratique, beaucoup de financeurs n’attendent pas des ASBL une démonstration causale parfaite de leur impact à long terme. Ce qu’ils demandent, c’est souvent beaucoup plus modeste, comme l’explique Sybille Mertens : « Sous le mot évaluation d’impact, en fait, les financeurs demandent essentiellement quelques indicateurs de suivi. » Cela signifie qu’une association ne doit pas prouver l’ensemble des conséquences de son action sur plusieurs années. Très souvent, les attentes réelles relèvent plutôt du suivi, de la traçabilité, d’une capacité à documenter certaines réalisations et certains changements plausibles, et à montrer que l’organisation sait ce qu’elle fait.

Aussi, la voie que propose Mertens est clairement pragmatique : « Essayez d’avoir des indicateurs de suivi de ce que vous faites, qui montrent que vous pilotez votre action, que vous gérez ça, que vous essayez de vous améliorer. » Elle plaide aussi pour une certaine modestie méthodologique : il ne s’agit pas de prétendre tout mesurer soi-même, mais de documenter ce que l’on peut, et d’éclairer son action par des travaux existants : « On documente et on fait des hypothèses, nos hypothèses sont basées sur des études que d’autres ont faites, dans la littérature ou dans l’expérience. […] Il ne faut pas commencer à faire l’analyse d’impact de tout, personne ne va regarder ça. »

Pour résumer, une ASBL ne doit pas se transformer en bureau d’audit permanent. Quelques bons indicateurs, une logique d’observation cohérente, des hypothèses appuyées sur la littérature et une réflexion claire sur la mission, valent mieux qu’une lourde et peu exploitable évaluation.

Au-delà des attentes des financeurs, Sybille Mertens rappelle que les démarches d’évaluation surtout une utilité interne : « Ce qui est vraiment intéressant, c’est le moment où l'organe d'administration s’arrête et discute avec le staff, la direction, pour ce demander ce qu’ils font et à quels besoins ils répondent. […] Ça clarifie aussi et ça aligne les gens, on se rappelle pourquoi on est là, les choses qu’on ne va plus faire parce qu’elles épuisent et ne mènent pas à grand-chose. »

Dans un secteur traversé par la surcharge, la pénurie et l’épuisement, cette dimension n’est pas anecdotique. Évaluer sert à se justifier, mais aussi à se recentrer, à choisir, à renoncer à certaines dispersions et à retrouver du sens.

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Une bataille idéologique

Sybille Mertens refuse d’enfermer cette question dans la seule technique. Pour elle, les débats actuels sur le financement associatif ne sont pas simplement le produit d’un manque de démonstration d’impact : « C’est idéologique, ce n’est pas basé sur une démonstration d’impact qui manquerait. […] On renverse l’argument en disant : montrez-nous pourquoi c’est important de financer, mais c’est un peu le monde à l’envers. »

Autrement dit, si l’on exige des associations qu’elles prouvent intégralement leur valeur avant de les financer, on inverse la charge de la preuve. On oublie que le financement public est d’abord un choix politique, et que l’absence d’action, elle aussi, produit des effets – souvent plus coûteux, parfois invisibles.

Sa formulation la plus puissante est peut-être celle-ci : « La vraie question aujourd’hui, c’est : est-ce que nous continuons à faire société ? Et est-ce que nous continuons à considérer que c’est important d’avoir un budget commun pour des défis communs ?  Est-ce que les questions de migration, de protection contre le réchauffement climatique et les questions d'inégalités qui se creusent, est-ce qu'on veut les adresser en société ou non ? Et si c'est non, alors il faut avoir le courage de dire nous, la société qu'on veut, c'est une société sans une partie des gens. »

Conclusion : Parler autrement

La fin de l’entretien ouvre une piste très concrète pour le secteur associatif. Selon notre interlocutrice, les ASBL doivent parler davantage à l’attention des citoyens, et pas seulement aux administrations, aux cabinets ou aux bailleurs. Pour cela, elles doivent s’approprier davantage le langage des chiffres.

Cette remarque invite à rendre visibles et compréhensible le poids réel des associations, leur contribution à l’emploi, leurs effets, et la faiblesse de certains budgets au regard des services rendus : « Ça doit être hyper limpide et compréhensible par le citoyen. […­] Le secteur associatif doit aussi avoir des arguments qui permettent de contrer le discours. »

Concrètement, il faut pouvoir dire ce que les ASBL représentent en termes d’emploi, d’activité, de services, de coûts évités plausibles, de soutien à la cohésion sociale, etc. – et le formuler de manière assez claire pour que le citoyen se rende compte que ça en vaut clairement la peine.

Enfin, au lieu de demander seulement aux ASBL ce qu’elles coûtent, ou même ce qu’elles « rapportent », on peut se demander ce que coûterait leur absence dans les différents secteurs.

L’entretien avec Sybille Mertens permet de reformuler le débat de façon plus juste. Non, toutes les ASBL ne peuvent pas être défendues uniquement au nom d’un « retour sur investissement ». Non, toute utilité sociale n’est pas monétisable. Non, toute action associative ne se laisse pas enfermer dans un tableau Excel.

Mais il serait tout aussi faux d’affirmer que les associations ne sont qu’un coût. Dans certains domaines, certaines actions permettent bel et bien d’éviter des dépenses futures. Dans d’autres, elles soutiennent l’emploi, l’activité locale, la cohésion ou la santé. Et dans tous les cas, elles posent une question plus fondamentale : qu’est-ce qu’une société choisit encore de prendre en charge collectivement ?

Caroline Watillon

[1] Jones, C., Hartfiel, N., Brocklehurst, P., Lynch, M., & Edwards, R. T. (2020). Social Return on Investment analysis of the Health Precinct community hub for chronic conditions. International Journal of Environmental Research and Public Health, 17(14), Article 5249. https://doi.org/10.3390/ijerph17145249

[2] Ilse Tobback, Anne Guisset, Sofie Cabus & Lode Vermeersch, COÛTS ET AVANTAGES DES REPAS SCOLAIRES CHAUDS, SAINS ET DURABLES Une analyse de scénario des repas scolaires, de leur coût et de ce qu'ils apportent, KU Leuven, Janvier 2026