Le secteur l’attendait depuis près de deux ans : Bruxelles dispose enfin d’un cadre budgétaire. Le Parlement régional a, en effet, approuvé le texte le 27 mars en soirée, par 53 voix pour et 32 contre.
Cette adoption est intervenue au terme de plusieurs jours de travaux intensifs. En commission, les membres du gouvernement se sont succédé pour détailler leurs priorités et défendre leurs budgets, avant un passage décisif en séance plénière, où les débats se sont prolongés jusqu’au vote final.
Ce budget marque une étape importante dans la législature : il s’agit du premier exercice budgétaire complet depuis les élections de juin 2024. Il met ainsi fin au fonctionnement en « douzièmes provisoires ». Certaines compétences restent toutefois en régime transitoire. Les parlementaires ont en effet validé la prolongation des crédits provisoires pour les mois d’avril et mai pour la Cocom, compétente notamment en matière d’aide aux personnes sans abri.
Mais que retenir concrètement de ce budget 2026 ? L’exécutif bruxellois affiche globalement la volonté de contenir le déficit sous le seuil du milliard d’euros pour l’année à venir. Une mesure en particulier fait réagir le secteur non marchand, dont notamment l’ASBL Lire et Écrire : des économies de 40 millions d’euros dans les politiques de l’emploi, qui touchent notamment le dispositif ACS. Pour rappel, les ACS (agents contractuels subventionnés) permettent de financer de manière structurelle une partie des salaires dans des domaines comme la petite enfance, le handicap, la santé, l’insertion socioprofessionnelle ou encore l’action sociale.
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Des économies qui font craindre un effet domino
« Les ACS représentent de l’emploi bruxellois, local, non délocalisable et directement utile à la population », souligne BRUXEO, confédération représentative des entreprises à profit social bruxelloises. « Ce financement permet non seulement de maintenir durablement des Bruxellois à l’emploi, mais aussi de réaliser des missions d’intérêt général. »
Pour BRUXEO, le secteur a déjà largement contribué à l’effort budgétaire, alors même que les besoins de la population continuent d’augmenter. « En 2024 et 2025, les crédits provisoires, les réductions dans les subsides et différentes “mesures conservatoires” ont déjà gravement fragilisé les ASBL, les contraignant à réduire leur personnel et l’offre de services à la population. Ces nouvelles économies s’ajoutent aux réformes structurelles du dispositif ACS intervenues ces dernières années. »
Dans ce contexte, la confédération s’oppose aux nouvelles économies liées au dispositif et insiste sur la nécessité d’un financement stable, indexé et structurel pour garantir des services accessibles et de qualité. « Une réduction linéaire ou une suppression de l’indexation des ACS, qui plus est sur l’ensemble de la législature, est à proscrire absolument. Elle reviendrait à organiser un sous-financement structurel du secteur, avec une baisse d’au moins 15 % d’ici 2029. Dans ce cas, le dispositif ne serait plus viable et disparaîtrait de lui-même, la part à charge des employeurs devenant trop importante », précise BRUXEO.
L’organisation alerte également sur les conséquences potentielles de ces mesures : près de 7.000 emplois directs pourraient être menacés, ainsi que de nombreux emplois indirects, sans compter la perte d’un levier stratégique pour mobiliser des financements européens. Elle évoque aussi des effets en cascade, comme une baisse du taux d’emploi, une aggravation des pénuries de main-d’œuvre et des métiers en pénurie et, à plus long terme, une hausse des dépenses publiques liée à un manque de prévention.
Une analyse partagée par la CSC, qui met en garde contre des effets systémiques. Le syndicat redoute notamment que la fragilisation des financements ACS, sur lesquels reposent de nombreuses structures aux ressources limitées, n’entraîne des licenciements, une réduction des activités, voire la fermeture de certains services.
Reste désormais à voir comment ces mesures se traduiront concrètement sur le terrain. Pour de nombreuses ASBL, déjà fragilisées par 600 jours de crise politique, les prochains mois pourraient s’avérer déterminants pour maintenir leurs activités et leurs équipes.