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FINANCEMENT 27 mars 2025

Le festival Millenium confronté aux défis des ASBL bénévoles

Créé en 2009, le Festival Millenium est consacré aux documentaires, avec pour but de nourrir le débat critique et mobiliser les citoyens sur les sujets d'actualité, à travers des films engagés. Mais faute de moyens, l’organisatrice de l'événement, l'ASBL Diogène, composée quasi exclusivement de bénévoles, se retrouve dans une situation précaire. 

Après Oliver Stone en 2024, c'est au tour de Ken Loach d'être l'invité d'honneur du Festival Millenium, qui se tient du 28 mars au 6 avril. Le réalisateur, renommé pour aborder dans ses films des thématiques telles que l'injustice sociale et les inégalités économiques, y donnera une masterclass ce 2 avril. Il sera un des nombreux invités de ce festival qui a démontré depuis longtemps sa raison d'être. Mais comment continuer à assumer cette mission avec de moins en moins de moyens ? Zlatina Rousseva, administratrice de l’ASBL Diogène, co-fondatrice et directrice artistique du festival, tire la sonnette d'alarme.

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"Il nous faudrait au minimum trois salariés pour assurer le bon fonctionnement du festival"

MonASBL.be : Votre ASBL est essentiellement bénévole. Comment gérez-vous l'organisation de votre festival ?

Zlatina Rousseva : Une seule personne est rémunérée au sein de l'ASBL. Dans le cadre du festival, une équipe de 17 bénévoles et stagiaires travaille pour nous sur une période d'environ 3 mois. Or, cette équipe change en grande partie chaque année, hormis quelques personnes qui nous aident de manière plus permanente, selon leurs disponibilités. La difficulté est donc de devoir former chaque année à nouveau des jeunes de A à Z : l'organisation d'un festival ne s'apprend pas dans des études, c'est un processus très complexe qui demande énormément de compétences et de connaissances. Former ces bénévoles demande beaucoup de temps et d’énergie pour tout superviser.

MonASBL.be : Avec des moyens financiers trop limités pour déléguer ces tâches à d'autres collaborateurs ?

Zlatina Rousseva : Depuis le Covid,  les subsides et les aides que nous recevons ne font que diminuer. Je suis profondément reconnaissante aux bénévoles pour tout le travail qu’ils accomplissent, mais il nous faudrait au minimum trois salariés pour assurer le bon fonctionnement d'un festival de notre envergure. Par ailleurs, de nombreuses activités permanentes découlent du festival - formation dans les écoles, ciné-club, travail avec des ONG...- et représentent la continuité de l'énorme travail accompli au préalable. Ces activités se retrouvent également compromises aujourd'hui. 

MonASBL.be : Pourtant, votre festival est renommé internationalement ?

Zlatina Rousseva : Précisément, permettre au festival de conserver sa crédibilité demande énormément de travail, ce qui nous place dans une situation paradoxale... Au niveau national et international, le festival ne cesse de grandir,  mais avec des attentes proportionnelles, avec de nombreux invités venus de l'étranger et dont il faut assurer l'accueil à plusieurs niveaux, tels que la qualité des présentations et des films, l'accompagnement dans Bruxelles,  l'hébergement, etc. Tout cela entraîne des coûts importants, de plus en plus difficiles à assumer. Et ce, même si nous pouvons heureusement compter sur la solidarité de plusieurs invités qui acceptent de se déplacer en grande partie à leurs frais. La même problématique se pose pour les bénévoles, qui, par manque de moyens, se voient chargés de l’accompagnement de ces invités et se retrouvent confrontés à des responsabilités allant au-delà de leur savoir, avec  le risque de fatigue accrue. 

"C'est la première fois que nous rencontrons autant d'obstacles concernant notre budget"

MonASBL.be : L'absence prolongée de gouvernement bruxellois complique-t-elle encore les choses au niveau de vos subsides ?

Zlatina Rousseva : C'est la première fois que nous rencontrons autant d'obstacles concernant notre budget, dont la grande totalité n'a pas encore été confirmée. La confirmation viendra probablement en dernière minute, mais sans certitude de ce que nous percevrons. Cette absence de gouvernement et les économies annoncées se répercutent sur nous.   

MonASBL.be : Pensez-vous que les pouvoirs publics ont renoncé à leur mission ?

Zlatina Rousseva : Je crois qu'il y a en partie une sorte d'abdication des institutions qui s'inscrit dans un contexte plus large. Notre festival n'est pas uniquement destiné à divertir, il défend aussi des valeurs, veut informer et faire réfléchir, il cherche à communiquer sur les grands enjeux de notre époque. Derrière chaque documentaire, il y a plusieurs années de travail offrant un recul pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui. Or, nous vivons dans une société où l'information est de plus en plus instantanée, ce qui ne facilite pas la réflexion. Il faut donc faire beaucoup d'efforts de communication pour mobiliser les gens à regarder de tels films, à réfléchir, à discuter et à échanger, mais nous ne nous sentons vraiment pas soutenus dans notre mission

MonASBL.be : Notre époque troublée justifierait pourtant d'autant plus ce soutien ?

Zlatina Rousseva : Le festival est clairement en danger, je pense qu'on a franchi une limite qui nous demande désormais de réfléchir à l'intérêt de poursuivre notre démarche. Nous représentons le lien direct avec le public, car nous sommes celles et ceux qui produisent et diffusent la culture. Si nous disparaissons, qui d'autre va la diffuser et faire cet énorme travail d'adaptation, de communication et d'organisation ? Le contexte actuel cause beaucoup de morosité et de stress, et la culture devrait précisément représenter un levier pour mobiliser les citoyens et leur donner de l'énergie positive.

Propos recueillis par O.C.