Le 12 février, une carte blanche publiée par le Centre Athéna, qui propose des consultations médicales de dépannage sans rendez-vous pour des personnes avec ou sans accès aux soins de santé, lançait un appel à l’aide concernant une crise budgétaire mettant en danger la continuité des soins : « Le Centre est financé par Vivalis sur base d’un budget annuel facultatif engendrant une précarité budgétaire chronique et des difficultés de planification. L’absence de gouvernement à Bruxelles a plongé la structure dans une incertitude totale quant à son financement pour 2025 (...). Si les autorités ne prennent pas des mesures urgentes, les répercussions seront catastrophiques. (...) Arrêt des soins médicaux et sociaux pour les patients les plus vulnérables (...), perte de plus de 9 emplois, sans compter les permanences des médecins indépendants. » Tout en citant quelques chiffres éloquents concernant le fonctionnement du Centre : « 25.500 consultations médicales et infirmières en 5 ans, 13.250 consultations sociales, 1.600 kits d'hygiène distribués en 2024. »
Débora Antunes Madeira, Coordinatrice-Directrice du Centre Athéna, nous a expliqué les raisons ayant mené à cette carte blanche et les réactions qu’elle a suscitées.
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"Le risque était donc que notre ASBL doive fermer début mars..."
MonASBL.be : Cette prise de position publique constituait-elle une sorte d’opération de la dernière chance pour le Centre Athéna?
Débora Antunes Madeira : Elle a été mûrement réfléchie. Le but était de pouvoir expliquer clairement la situation dans laquelle nous nous trouvions, et ce, aussi bien au pouvoir subsidiant qu’à nos partenaires. Il est important de préciser que, pendant les deux semaines précédentes, nous avions sollicité à plusieurs reprises ce même pouvoir subsidiant, mais sans succès. Or, au cours d'une conversation avec une travailleuse d'une autre association, j'ai appris que cette ASBL avait déjà reçu ses douzièmes provisoires, essentiels pour assurer la stabilité de nos associations. D’où l’initiative de rédiger cette carte blanche pour interpeller face à cette situation.
MonASBL.be : Avec un effet positif ?
Débora Antunes Madeira : J'ai enfin été contactée oralement par le cabinet Maron (ministre de la Santé du gouvernement bruxellois en affaires courantes, ndlr) qui m'a promis qu'une partie des douzièmes provisoires pour les six premiers mois allaient nous être versés. Mais cette promesse était seulement orale : sans confirmation écrite, je n'avais aucune certitude que les salaires de nos collaborateurs allaient pouvoir être versés à la fin du mois. Sans pouvoir me fier à une confirmation écrite, le risque était donc que notre ASBL doive fermer début mars. Heureusement le 27 février, cette confirmation écrite est enfin arrivée, à notre grand soulagement.
"J'ai participé à la manifestation du 13 février, où j'ai pu me rendre compte d'un énorme élan de solidarité"
MonASBL.be : Cette réponse tardive a donc clairement un lien avec l'immobilisme actuel au niveau régional bruxellois pour former un nouveau gouvernement ?
Débora Antunes Madeira : Oui, clairement. Dans un premier temps, une des raisons invoquées pour le retard était liée aux négociations en cours au niveau fédéral. Or, le gouvernement fédéral a été formé fin janvier. Une autre excuse invoquée ensuite était l'absence de nouveau gouvernement bruxellois qui posait problème pour débloquer les fonds requis. Pourtant, force est de constater que cette absence toujours en cours n'a finalement pas empêché de débloquer ces subsides !
MonASBL.be : Vous avez également relayé la carte blanche en la publiant sur la page Facebook du Centre qui renvoyait vers une pétition en ligne. Celle-ci a récolté 2800 signatures. Cette mobilisation a-t-elle eu aussi une influence positive ?
Débora Antunes Madeira : Oui, incontestablement. Tous les acteurs du réseau ayant des contacts ont également relayé le message, en insistant sur le fait que si notre association fermait, cela déclencherait un effet boule de neige néfaste pour d'autres associations ayant besoin de notre présence. Par ailleurs, j'ai participé à la manifestation du 13 février, où j'ai pu me rendre compte d'un énorme élan de solidarité, où d'autres associations telles que, par exemple, le Samusocial, le Centre de santé mentale Ulysse, ou encore des hôpitaux, m'ont témoigné de tout leur soutien. Tout cela a clairement contribué à faire bouger les choses.
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"Faut-il passer par des cartes blanches pour être entendue et enfin obtenir des subsides ?"
MonASBL.be : Pour autant, malgré cette réponse enfin positive, votre situation reste précaire, comme pour beaucoup d'autres acteurs du secteur.
Débora Antunes Madeira : Oui, d’abord parce que nous n’avons reçu qu’une partie du financement, ce qui nous soulage pour quelques mois, certes, mais d'ici à l'été, le problème risque de se poser à nouveau, que ce soit pour nous ou pour d'autres associations. Nous participons d'ailleurs à des réunions de réseau, et plusieurs réunions qui étaient prévues pour le mois d'avril ont été avancées, car certaines associations n’ont un financement que jusqu'au 31 mars. Dès lors, ces associations en viennent à se demander, non sans ironie, si elles doivent aussi passer par des cartes blanches pour être entendues et enfin obtenir leurs subsides. La situation reste donc particulièrement fragile, d'autant plus que nous ne savons pas quelle sera la politique du nouveau gouvernement bruxellois qui n'est même pas encore constitué. Même si nous pouvons craindre, en fonction de la majorité qui sera constituée, que sa politique ne sera pas forcément des plus favorables à notre public.
MonASBL.be : Votre carte blanche mentionnait un budget annuel facultatif. Pourquoi est-il facultatif ?
Débora Antunes Madeira : Le Centre Athena n’existe que depuis 5 ans. Les associations qui disposent d'un budget structurel existent depuis longtemps. Mais c’est une piste que nous envisageons pour 2026, car il n’est plus possible de rester en permanence sous tension. D’autant plus que, pendant ces quelques années, nous avons prouvé notre efficacité et l'aspect indispensable de notre présence; une présence reconnue par les différents acteurs du secteur. Nous sommes une petite équipe, mais les personnes qui viennent nous voir sont toujours impressionnées par tous les services que nous fournissons. Nous essayons de faire au mieux tous les jours, malgré nos moyens limités.
Propos recueillis par O.C.