Philanthropie : conseils pour nouer des relations avec les fondations

France de Kinder, vice-présidente de la Fédération Belge des Fondations Philanthropiques, revient sur les relations qui peuvent être mises en place entre les ASBL et les fondations. Elle livre une série de conseils pour les associations qui voudraient se tourner vers la philanthropie.

En Belgique, les fondations restent des réalités souvent méconnues des ASBL. Pourtant, si certaines sont créées purement dans des intérêts privés, la plupart agit au service de la société et pour l’intérêt des biens communs.   

Pour en savoir plus sur les fondations et les relations qui peuvent se créer avec les associations, MonASBL.be a rencontré France de Kinder, vice-présidente de la Fédération Belge des Fondations Philanthropiques et directrice de la Fondation Bernheim.

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"Le secteur de la philantropie est en pleine croissance"

MonASBL.be : Quel est l’état du marché de la philanthropie en Belgique ?

France de Kinder : Tout d’abord, il faut bien différencier les fondations d’utilité publique (la philanthropie est dans leur statut) et les fondations privées qui peuvent être philanthropiques ou exclusivement privées. Il y a une diversité de types de fondations en fonction de qui les crée : il y a des fondations d’entreprises, les fondations familiales, patrimoniales...

Concernant l’état des lieux, je précise que notre fédération n’est pas un « knowledge center » (centre de connaissance). Toutefois, nous avons pu observer ces 6 dernières années que le secteur est en pleine croissance. Le nombre de fondations d’utilité publique et privées a augmenté de 30% par rapport à 2015, où on en comptait près de 1.751.

En Belgique, c’est encore une jeune tradition. Aujourd’hui, même si des améliorations sont nécessaires, au niveau fiscal notamment, le contexte favorise la redistribution au service de toute une série de causes notamment dans les secteurs du social, de la culture, de l’environnement (climat et alimentation) et de la recherche scientifique, qui sont les quatre grands domaines d’action.

MonASBL.be : Est-ce que la crise du COVID a eu un impact sur le secteur et sur la philanthropie ?

France de Kinder : La crise a plusieurs impacts à la fois positifs et négatifs. En effet, les fondations se sont mobilisées très rapidement pour répondre aux besoins de 1ère, 2e et 3e lignes. Elles ont été très attentives aux associations qu’elles soutenaient afin de comprendre leurs besoins. Elles ont prolongé les financements des ASBL qui auraient dû s’arrêter en 2020. Elles ont relayé les demandes des bénéficiaires, notamment dans la problématique de la fracture numérique.

Il y a eu une très grande réactivité. Elles ont beaucoup échangé entre elles et se sont mobilisées ensemble. Cela a été une opportunité pour développer des pratiques collaboratives entre fondations.

Parallèlement, on voit des fondations qui freinent ou gèlent certains investissements stratégiques et ou financiers car elles ont aussi connu la crise. Si c’est bien réel, à mon avis ce sera temporaire. C’est une politique de prudence qui a été mise en place, liée aux réalités de la situation économique.

"Ce n’est pas plus compliqué qu’une demande de subsides, c’est même plus souple"

MonASBL.be : Quelles sont les relations entre les ASBL et les fondations ?

France de Kinder : Le monde de la philanthropie est discret par nature. Aujourd’hui, les choses évoluent car les pouvoirs publics ne sont plus les seuls financeurs, et les ASBL ont besoin de diversifier leurs sources de financement. Parallèlement, les fondations prennent des responsabilités sur des thématiques où elles étaient absentes jusqu’à maintenant, comme l’éducation par exemple.

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Du côté des ASBL, certaines sont proactives, notamment celles qui ont été créées plus récemment et par des profils d’entrepreneurs sociaux déjà liés à la philanthropie. Celles-ci se sont mises tout de suite en place avec la philanthropie. Les fondations sont également présentes sur le terrain et rencontrent ainsi des ASBL. Elles se rendent visibles grâce à leur travail de terrain ou en lançant des appels à projets.

MonASBL.be : Comment doit s’y prendre une ASBL qui souhaiterait obtenir un financement d’une fondation ?

France de Kinder : Tout d’abord il faut trouver et éplucher les portails comme celui de notre fédération ou encore de la Fondation Roi Baudouin. La plupart du temps, les fondations communiquent plutôt bien et spécifient les modalités pour obtenir un financement. Bien sûr, il y a des différences entre des demandes de financement ponctuel (par exemple pour financer une exposition) ou sur la durée (par exemple pour engager du personnel). Il y a des fondations qui fonctionnent avec des appels à projets et d’autres qui permettent aux ASBL de déposer des dossiers tout au long de l’année.

Chaque fondation définit ce dans quoi elle investit et sur quelle durée. Toutes celles que je connais financent principalement des salaires et des activités de communication. Il n’y a aucune limite. Le financement peut durer 2 ans ou encore 5 ans. Ce n’est pas plus compliqué qu’une demande de subsides, c’est même plus souple. Dans l’action publique l’administration est plus lourde, la philanthropie, à l’inverse, met l’humain au centre. Il y a plus d’échanges avec les porteurs de projets.

Une fondation est au service d’une ASBL. Elle va venir en appui soit pour la création, soit pour se consolider, soit pour se déployer. Elle ne va pas demander ce que l’ASBL peut lui offrir en retour mais au contraire quels sont ses besoins. Elle va chercher à connaitre l’ASBL, comprendre son fonctionnement, sa stratégie, où elle veut aller. Les fondations soutiennent des initiatives qui ont une vraie réponse à une problématique.

Elles vont aussi vouloir mesurer l’impact du projet. Cela effraie les ASBL mais finalement cela revient seulement à s’assurer que l’investissement est efficace face à des enjeux complexes et des financements difficiles à trouver.

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Il faut sortir de la méfiance du secteur privé. Il y a des exigences business et la philanthropie est là-dedans. C’est une chose qui se coconstruit avec les ASBL. Mais je dois dire qu’on voit aussi une évolution de la part des ASBL. A un moment, elles aussi peuvent s’épuiser à développer un projet qui ne porte pas ses fruits.

"Il y a un appétit des fondations pour tout ce qui est innovation"

MonASBL.be : Avez-vous des conseils à donner aux ASBL qui souhaitent se tourner vers les fondations ?

France de Kinder : Restez vous-mêmes ! N’adoptez pas une posture de séduction.

Ensuite, n’hésitez pas à innover. Il y a vraiment un appétit des fondations pour tout ce qui est innovation. Il faut être audacieux. L’innovation est un point auquel on est sensible parce qu’on est dans un monde qui bouge tout le temps. Innover c’est être ancré dans son époque pour être adapté aux besoins.

Enfin, n’hésitez pas à collaborer avec les autres ASBL qui partagent les mêmes défis. La conjoncture ne permettra pas le financement de beaucoup de petits projets donc il faut collaborer.

Propos recueillis par Caroline Bordecq