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Emprunter de l’argent à une autre ASBL ou à un privé, une bonne idée ?

Pour répondre à un besoin de liquidités, certaines ASBL décident d’emprunter de l’argent à d’autres associations ou à leurs membres. Une solution risquée ? MonASBL.be a posé la question à Bernard Bayot, directeur de Financité.

Les subsides se font attendre et les clients tardent à régler leurs factures. Résultat : l’ASBL doit trouver une solution pour combler un trou de trésorerie afin de payer les salaires dans les temps. Ce refrain, beaucoup d’associations le connaissent trop bien. A Bruxelles, la situation s’est même aggravée : l’absence de gouvernement a non seulement rallongé les délais de versement des subsides, mais a également conduit à leur diminution.

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Pour certaines associations, la solution revient à emprunter de l’argent à d’autres ASBL ou à des privés (des proches ou des membres). Une bonne idée ? « Cela peut être une solution face à des problèmes de liquidités, mais pas pour générer des recettes. Un prêt ce n’est pas un subside, un don ou une recette commerciale. Peu importe à qui on emprunte, on devra le rembourser », rappelle Bernard Bayot, directeur de Financité, une ASBL soutenant une finance responsable et solidaire.

Une pratique « souple »

Les prêts entre ASBL sont très courants au sein des ONG ayant des antennes dans plusieurs pays. « Il y a même ce qu’on appelle des pôles de trésorerie », reprend le directeur. Le principe : les associations nationales qui ont des excédents de trésorerie les versent dans une sorte de pot commun, dans lequel pourront piocher celles qui ont besoin de liquidités. « Il y a une espèce de solidarité qui s'établit parce que ce sont des associations sœurs », affirme-t-il.

Mais les ONG ne sont pas les seules à avoir recours à cette alternative. De manière générale, emprunter de l’argent à une autre ASBL ou à un privé est une démarche « relativement souple », explique Bernard Bayot. Il y a quelques règles administratives et fiscales, mais aucune formalité juridique. « En général, un contrat est établi. Ce n’est pas obligatoire mais c’est une précaution à prendre pour garder une preuve en cas de litige », suggère-t-il. Pour éviter les erreurs, Financité propose d’accompagner gratuitement les ASBL dans leurs démarches.

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Le risque zéro n’existe pas

Le prêt entre ASBL ou auprès de privés est-il néanmoins une pratique risquée ? A Bruxelles, dans un contexte de grande incertitude financière, le directeur de la confédération Bruxeo, Bruno Gérard, appelle à la vigilance : « Le risque est de voir un effet en chaine car [si l’emprunteuse ne rembourse pas] ce ne sera pas une mais deux ASBL qui seraient fragilisées », a-t-il expliqué à MonASBL.be.

« Forcément, prêter de l’argent comporte toujours un risque », commente à son tour Bernard Bayot. Pour se protéger du mieux possible, un prêteur a tout intérêt à s’assurer de la capacité de l’ASBL emprunteuse à rembourser, comme le ferait une banque. « Et ça, on ne le sait que si on a accès à sa comptabilité », dit-il.

Des avantages pour l’ASBL emprunteuse

Du côté des emprunteuses, frapper à la porte des associations ou des privés peut permettre de contourner les difficultés à emprunter auprès des institutions bancaires.

« L’autre avantage, c’est qu’elles peuvent espérer des conditions plus favorables auprès d’une autre ASBL, ou de membres, plutôt qu’auprès d’une banque », reprend Bernard Bayot.

Aussi, et surtout, « il y a une portée plus symbolique », continue-t-il : solliciter des membres ou des sympathisants de l’ASBL permet de renforcer les liens avec eux. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles Financité a décidé d’émettre des obligations auprès de ses membres plutôt que de souscrire un prêt à la banque, pour rembourser l’achat d’un bâtiment à Bruxelles et financer ses besoins de trésorerie courante. « Une obligation, ce n’est rien d’autre qu’un papier qui constate un prêt », explique le directeur. Ce document attestera, par exemple, que la personne a prêté 1.000 euros, qu’elle recevra le remboursement cinq ans plus tard avec 2,5% d’intérêts par an.

Bernard Bayot donne également l’exemple de l’ASBL Les Grignoux, qui, en 2015, a pu relancer le cinéma Caméo à Namur grâce aux 500.000 euros apportés par 1.000 souscripteurs dans le cadre d’un appel à obligations. « C’était une grosse ASBL avec un bon historique, elle n’aurait eu aucun problème à emprunter à une banque, néanmoins ils ont préféré émettre des obligations pour renforcer le lien avec leur public. Ils ont réussi leur coup. Les gens n’allaient pas au cinéma mais dans "leur" cinéma », raconte le directeur de Financité.

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« C’est un peu de gymnastique »

Toutefois, plusieurs éléments sont à garder à l’esprit avant de solliciter des emprunts auprès des privés. D’abord, un appel à obligations fonctionnera à conditions que l’ASBL jouisse d’une certaine notoriété ou bien propose un projet particulièrement enthousiasmant. « Si elle n’a ni l’un ni l’autre, ce sera plus compliqué », prévient Bernard Bayot.

Enfin, les privés et les associations accorderont rarement des prêts sur une longue durée. « Ce n’est pas une règle absolue, mais généralement c’est sur trois ou cinq ans », note-t-il. Selon les besoins de l’ASBL, celle-ci devra donc réémettre des obligations une fois la première période écoulée : « C’est un peu de gymnastique, mais ce n’est franchement pas compliqué ».

Caroline Bordecq